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Hugo Victor

Le dernier jour d’un condamné - Préface

"Qu'avez-vous à alléguer pour la peine de mort ?

Nous faisons cette question sérieusement, mais nous la faisons pour qu’on y réponde ; nous la faisons aux criminalistes, et non aux lettrés bavards. Nous savons qu’il y a des gens qui prennent l’excellence de la peine de mort pour texte à paradoxe comme tout autre thème.

Il n’y en a d’autres qui n’aiment la peine de mort que parce qu’ils haïssent tel ou tel qui l’attaque. c’est pour eux une question quasi littéraire, une question de personnes....[...]

Ce n’est pas à eux que nous nous adressons, mais aux hommes de loi proprement dits, aux dialecticiens, aux raisonneurs, à tous ceux qui n’aiment la peine de mort que pour la peine de mort, pour sa beauté, pour sa grâce. Voyons, qu’ils donnent leurs raisons.

Ceux qui jugent et ceux qui condamnent disent la peine de mort nécessaire. D’abord - parce qu’il importe de retrancher de la communauté sociale un membre qui lui a déjà nu et qui pourrait lui nuire encore. - S’il ne s’agissait que de cela la prison perpétuelle suffirait. A quoi bon la mort ?

Vous objectez que l’on peut s’évader d’une prison ? Faites mieux votre ronde. Si vous ne croyez pas à la solidité des barreaux de fer, comment oser vous avoir des ménageries ? Pas de bourreau ou le geôlier suffit. Mais reprenons, - Il faut que la société se venge, que la société punisse. - Ni l’un ni l’autre.

Se venger est de l’individu, punir est de Dieu. [...]

Reste la troisième et dernière raison, la théorie de l’exemple, - Il faut faire des exemples ! Il faut épouvanter par le spectacle du sort réservé aux criminels, ceux qui seraient tentés de les imiter! - Voilà bien à peu près la phrase éternelle dont tous les réquisitoires des cinq cents parquets de France ne sont que des variations plus ou moins sonores.

Eh bien ! nous nions d’abord qu’il y ait exemple. Nous nions que le spectacle des exemples produise l’effet qu’on attend. Loin d’édifier le peuple, il le démoralise et ruine en lui toute sensibilité, partant toute vertu. Les preuves abondent et encombreraient notre raisonnement si nous voulions en citer.

Nous signalerons pourtant un fait entre mille, parce qu’il est le plus récent. Au moment où nous écrivons, il n’a que dix jours de date, il date du 5 mars dernier, jour du carnaval. A Saint-Pol, immédiatement après l’exécution d’un incendiaire nommé Louis Camus, une troupe de masques est venue danser autour de l’échafaud encore fumant.

Faites donc des exemples ! Le mardi gras vous rit au nez . »