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Hugo Victor

La Légende des siècles I - Vingtième siècle: Plein ciel

  • Où donc s'arrêtera l'homme séditieux ?
    L'espace voit, d'un oeil par moment soucieux,
    L'empreinte du talon de l'homme dans les nues;
    Il tient l'extrémité des choses inconnues ;
    Il épouse l'abîme à son argile uni ;
    Le voilà maintenant marcheur de l'infini.
    Où s'arrêtera-t-il, le puissant réfractaire ?
    Jusqu'à quelle distance ira-t-il de la terre ?
    Jusqu'à quelle distance ira-t-il du destin ?
    L'âpre Fatalité se perd dans le lointain ;
    Toute l'antique histoire affreuse et déformée
    Sur l'horizon nouveau fuit comme une fumée.
    Les temps sont venus. L'homme a pris possession
    De l'air, comme du flot la grèbe et l'alcyon .
    Devant nos rêves fiers, devant nos utopies
    Ayant des yeux croyants et des ailes impies,
    Devant tous nos efforts pensifs et haletants,
    L'obscurité sans fond fermait ses deux battants ;
    Le vrai champ enfin s'offre aux puissantes algèbres ;
    L'homme vainqueur, tirant le verrou des ténèbres,
    Dédaigne l'océan, le vieil infini mort.
    La porte noire cède et s'entrebâille. Il sort !

    Ô profondeurs ! faut-il encor l'appeler l'homme ?

    L'homme est d'abord monté sur la bête de somme ;
    Puis sur le chariot que portent des essieux ;
    Puis sur la frêle barque au mât ambitieux ;
    Puis quand il a fallu vaincre l'écueil, la lame,
    I 'onde et l'ouragan, I'homme est monté sur la flamme
    A présent l'immortel aspire à l'éternel ;
    Il montait sur la mer, il monte sur le ciel.

    L'homme force le sphinx à lui tenir la lampe.
    Jeune, il jette le sac du vieil Adam qui rampe,
    Et part, et risque aux cieux, qu'éclaire son flambeau,
    Un pas semblable à ceux qu'on fait dans le tombeau ;
    Et peut-être voici qu'enfin la traversée
    Effrayante, d'un astre à l'autre, est commencée !