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Hugo Victor
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Les Châtiments - Structure du recueil

Étude

Introduction

Complexité du recueil : une apparence d'immobilité lorsqu'on lit les poèmes les uns à la suite des autres ; pourtant, il serait invraisemblable que Hugo ait aligné les poèmes sans ordre voulu.

1. Une structure immobile

  • a) la circularité
    Les thèmes abordés d'un poème à l'autre reviennent de manière obsessionnelle : les titres des recueils n'impliquent aucune unité thématique : ces titres ne sont que des reprises de propos de Napoléon III (sauf le dernier) : les principaux thèmes du recueil se retrouvent dans chacun d'eux (religion, endormissement du peuple, exactions de l'empereur et de ses ministres, liberté bafouée...). Le lecteur ressent donc l'impression que le poète prononce à chaque fois les mêmes paroles de haine, de volonté farouche d'en finir avec un pouvoir tyrannique qui l'a forcé à fuir en exil.

  • b) les figures antithétiques
    Cette idée d'une écriture obsessionnelle est renforcée par l'emploi récurrent de figures antithétiques à l'intérieur des poèmes, mais également lorsqu'on met les poèmes en miroirs les uns par rapport aux autres.
    Ainsi, III 2 : "souvenir de la nuit du 4", mais III 3 : "ô soleil, ô face divine !" ; de même, VI 1 : "Napoléon", mais VI 2 : "Les martyres" ; ou encore, III 10 : "l'empereur s'amuse", mais III 11 : poème sans titre, où le champ lexical du deuil est omniprésent.
    Un tel usage de l'antithèse systématique ne permet guère, semble-t-il au recueil de progresser : à la nuit répond le jour, certes, mais pour mieux basculer à nouveau dans l'obscurité. L'alternance des contraires ne permet pas toujours d'avancer.

2. Une structure de progression

  • a) le modèle biblique
    Pourtant, une vision plus élargie de l'ensemble des poèmes permet de dégager une réelle progression, ne serait-ce que du premier au dernier poème, de Nox à Lux. Il s'agit là d'une vision biblique de l'évolution du monde, qui pourra accéder de la nuit à la lumière, à condition d'accepter l'Expiation, poème essentiel, situé à la fin du cinquième livre. À ce poème succèdent d'ailleurs davantage d'autres poèmes symbolisant le retour de la lumière, dont en particulier Luna et Stella.
    Le modèle biblique influence aussi Hugo dans son choix de répartition du recueil en sept livres : un choix expliqué en grande partie à l'intérieur du poème liminaire du dernier recueil, "sonnez, sonnez toujours" : Hugo croit en ce qu'il prédit, en la chute de l'empereur dont la chute sera aussi inéluctable que celle des murs de Jéricho.

  • b) le pouvoir de la parole
    Mais, pour que se produise cette chute de l'empereur, il est nécessaire de crier sans cesse : c'est là le pouvoir de la parole, annoncé dans le poème liminaire du livre I et affirmé une dernière fois dans le dernier poème du livre VII : "La voix sortira des cavernes" ; "Et s'il n'en reste qu'un je serai le dernier". Le poète - prophète joue là un rôle essentiel : envoyé de Dieu, élu de Dieu, il doit, par le pouvoir de sa parole réellement "enthousiaste", réveiller les consciences et permettre que se concrétise cette progression si peu perceptible au premier abord : tout comme le lecteur des Châtiments, l'homme de la rue du Second Empire est persuadé de l'immobilité et de la pérennité de la situation : le devoir du poète est de lui montrer cette évolution secrète que la nature elle même réclame ardemment.

Conclusion

Un recueil en trois dimensions : à lire à la fois en perspective horizontale (la lecture la plus évidente) et en perspective verticale (une lecture plus secrète, mais riche d'espoir).

Source: http://vitellus.ifrance.com/