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Le texte
Problématique :
Un poème en prose dans lequel le poète confesse la difficulté de créer et son idéal de la beauté.
1- Une confession.
a) Le lexique :
® Le titre signifie « la confession d’un artiste ». Une confession est un aveu de choses personnelles et intimes, ce que le titre peut connoter le contexte religieux de la prière, idée de faute, de pardon. On s’attend donc à entrer dans l’intimité du poète, son monde intérieur
® « solitude, silence, isolement, pensées, douloureuse » appartient au lexique de la confession
® le lyrisme qui se manifeste dès le « Ah ! » de la seconde phrase.
b) L’évolution de la réflexion
® évocation de la nature (1ère strophe) puis expression d’un lien entre cette nature et l’intériorité du poète (2ème strophe)
® « Toutefois » introduit d'emblée une modification, puisqu'il s'agit d’une articulation d'objection. L'évolution est rendue en trois étapes dans la strophe 3 : « deviennent bientôt trop intenses, malaise et souffrance, vibrations criardes et douloureuses ». Elles sont une intensification de la douleur. Le poète met ici à jour douleur de la communication intense avec le monde par le biais de la sensibilité et de la pensée.
® La strophe 4 semble être la conséquence de la précédente introduite avec la coordination « et » : refus de ce qui était inspirateur, révolte devant la faiblesse humaine de l’artiste et l'insensibilité de la nature sentiment d'impuissance;
® la dernière strophe reprend sous une forme négative, ce qui était dit de manière positive et presque enthousiaste dans la première. Baudelaire développe ici l’idée que l'énergie créatrice, dans la tension qu'elle met en jeu, se révèle parfois destructrice de l’inspiration, parce que la nature ne se laisse pas facilement décrypter.
2- Le poète déchiffreur du monde
a) L'intérieur et l'extérieur
® Le texte commence par deux paragraphes (ou strophes), l'un et l'autre exclamatifs, les deux exclamations mettant en relation, tout d'abord, un moment et une sensation, ensuite un plaisir et un lieu, de manière inversée. Se trouvent associés en effet les fins de journées et la douleur d'un côté, un grand délice et le ciel et la mer, de l’autre. Ces deux exclamations mettent en place l'idée que le temps et les lieux, captés par la sensibilité humaine, sont sources de sensations et d'inspiration.
® Celui qui parle évoque l'extérieur à travers une expression temporelle qui connote le crépuscule, l'atmosphère particulière des saisons finissantes, les feuilles mortes, la lumière déclinante, le sentiment de la décrépitude des choses « fins de journées d'automne ». L'extérieur est aussi présent dans l'ensemble des termes qui expriment l'infini du ciel et de mer: « immensité du ciel et de la mer (1. 5-6), chasteté (I. 6), horizon (1. 7), houle (1. 8) ». Mais l'évocation de l’extérieur n'est pas là pour recréer un cadre: ce que le poète met en relief est la manière dont les éléments présentés influent sur la sensibilité et touchent profondément l’affectivité. L’intérieur est rendu par tout un lexique des sensations, des perceptions et des sentiments: « pénétrantes, douleur, sensations (1. 2), pointe (1. 3), délice, solitude, isolement », laissant penser que la première relation homme/monde est de nature sensible, extrême et contradictoire. Les sensations exprimées appartiennent en effet à des domaines opposés: douleur et plaisir de la douleur, charme de la solitude (signalée fois par les termes solitude et isolement).
® Dans ces deux premières strophes, le poète rappelle, les plaisirs que lui procurent certains moments et certaines rêveries au cours desquels il se trouvent à l’unisson ce qui l’entoure. Cela fait de l'artiste et des choses des éléments pensants, comme le rappelle la formulation « par moi », ou « je pense par elles (1. 8/9) » : l’accord profond et réciproque de l’artiste et du monde, de la sensibilité et de la pensée ne se fait que si cette pensée prend une forme originale et harmonieuse, présentée comme sans raisonnement sans figures de logique, par l’énumération négative de la ligne 10. Le monde qui l'entoure et qu'il capte de manière sensible - toucher, vue - offre à l'artiste un échange non seulement de sensations mais une pensée, ce qui lui permet de les comprendre et de décrypter un univers de correspondances sensibles et intellectuelles.
b)Un déchiffrement difficile
® La dernière strophe conduit à une relecture de la strophe 1. Dans chacune en effet, la nature occupe une place privilégiée: admirée et présentée comme inspiratrice dans la première strophe, elle est rejetée avec hostilité dans la quatrième. Des termes négatifs, traduisant des sentiments violents, comme: « consterne, exaspère, révoltent, souffrir, frayeur, vaincu », présentent des relations tout à fait différentes entre celui qui parle, l’artiste, et celle à qui il s'adresse, la nature. La situation évoquée au début du texte est inversée: des délices on est passé à l'exaspération et à la haine, du sentiment d'une compréhension mutuelle au rejet et au refus. Il ressort de la question des lignes 15-16 que l'artiste est confronté à un dilemme qui ne s'était pas révélé auparavant: renoncer au Beau ou entrer dans des souffrances éternelles. Ainsi, du constat d'un environnement inspirateur et accessible de manière sensible, le poète est arrivé à l’idée que le beau qui figure dans le monde extérieur en accord profond avec le monde intérieur, ne se laisse pas saisir et cerner facilement. La Nature sera toujours victorieuse et insensible à la douleur qu'elle cause.
® Le texte est construit sur une évolution qui retrace les étapes de la création esthétique, depuis le sentiment d'une symbiose possible et sensible avec le monde jusqu'à celui d'une atteinte impossible. Métaphore de la démarche de création confondue avec une démarche de découverte des significations du monde par les sens - ce qui est une caractéristique de l'esthétique symboliste -, le poème est aussi un aveu dans lequel le poète confesse avoir cru facile le travail de déchiffrement, parce qu'il se sentait en accord avec le temps, les lieux et le monde. Par cette parole d'aveu, le poète reconnaît une erreur et avoue à la fois des ambitions démesurées, celles de chercher, d'étudier et de créer le beau, qui sans cesse se dérobe, et le plaisir de s'être laissé aller à un accord heureux -délicieux - mais illusoire, avec ce qui l’environne.
c) Un outil : le poème en prose
® un texte caractérisé par des effets de reprises lexicales qui constituent un motif récurrent ou un écho: intensité (1.2), immensité (1. 6), trop intenses (1. 11), insensibilité (1. 15) ; rapprochements de mots proches et de même nature grammaticale: musicalement et pittoresquement (1. 10) ;
® un texte caractérisé par des effets de rythmes proches de ceux de la poésie: la seconde exclamation qui commence par Ah! douleur est un décasyllabe; sans arguties, sans syllogismes, sans déductions constituent un groupe ternaire; Ah! faut-il éternellement souffrir, qui s'inscrit dans une structure en chiasme répétant éternellement, est également un décasyllabe, tout comme Nature, enchanteresse sans pitié et Cesse de tenter mon désir et mon orgueil est un alexandrin.
® L'ensemble du texte est associé à la notion de rythme: rythme du texte créé par sa structure et ses reprises lexicales, rythme des paragraphes, rythme des phrases; il ne s'agit pas de la régularité formelle des vers mais d'une souplesse particulière de la prose, dans laquelle les énumérations évitent les heurts et créent une impression de sinuosité musicale et harmonieuse des phrases.
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