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Le texte
Un des poèmes appartenant au bestiaire des Fleurs du mal
Rappeler que pour Baudelaire l'image des chats est étroitement liée à celle de la femme comme le montrent explicitement les deux autres poèmes du recueil . Ici, le poète semble s'attacher à une description de l'animal sans aucune référence claire à la femme . Le sonnet apparaît donc comme l' éloge d'un animal familier observé, compris et apprécié pour sa grâce et sa noblesse qui l'éloignent du monde du vulgaire.
Le poème progresse à partir d'une série d'identifications
entre:- certains êtres humains et les chats
-les chats et les coursiers de l'Erèbe
-les chats et les sphinx
-les chats et l'espace infini
Etude linéaire tenant compte de ces associations.
1er quatrain: Il s'articule autour des notions d'affection et de réciprocité( cf. le verbe principal et l'adverbe "également"accentué grâce à la coupe du vers2 ). Cet équilibre est reproduit par le rythme binaire de cette strophe dont les vers sont marqués à l'hémistiche (vers 2 et 3 = césure; vers 1 et 4 = coordination. C'est donc l'idée de couple qui prédomine: couple des sujets (v.1) substantif + adjectif . Ces deux catégories humaines opposées (sensuels et intellectuels) se rejoignent dans leur identification avec l'animal.
Couple des sonorités : deux sons voyelles dominants: /a/ et les sons nasalisés /en/.
Ceux qui aiment et ceux qui sont aimés dont l'union est notée par la reprise symétrique du vers 4 "comme eux".
Si l'article défini pluriel généralise , les nombreux adjectifs empêchent cette généralisation d'être réductrice et simplificatrice , ils soulignent la profondeur (fervents) de l'affection, le sérieux d'un amour associé à la maturité (le deuxième hémistiche du vers 2 peut aussi bien renvoyé aux sujets du vers 1 - amoureux +savants -,qu'à l'objet du vers 3 - les chats.) , les qualités naturelles des chats dont la puissance suggère le félin sauvage alors que la douceur suggère la domesticité. L'accent est d'ailleurs mis , au vers 4, sur l'attachement à un monde chaleureux ("frileux") et familier ("sédentaire") un contexte propice à l'épanouissement de l'amour et au travail intellectuel .
2ème quatrain : La deuxième strophe propose une approche morale des chats. Le vers 5 fait écho au vers 1. Il marque la réciprocité en un chiasme (volupté = amoureux fervents / science = savants austères). Les chats s'échappent de la vie futile faite de bruit (le silence) et de lumière (ténèbres) car ils possèdent les traits contradictoires des deux catégories d'homme ( amoureux = obscurité ; savants = silence) .
Tentation de les associer à la mort mais la référence à l'Erèbe si elle met l'accent sur leur caractère nocturne , montre avant tout qu'on ne peut les confiner à leur nature animale en les apprivoisant. Le conditionnel souligne surtout l'impossibilité. La référence vaut aussi pour sa dimension descriptive : la docilité des "coursiers" est imagée grâce au verbe "incliner"; donc la référence met en valeur , par inversion, la " fierté" des chats qui surrenchérit sur "l'orgueil" du vers 3.
Les deux tercets ( ou le sizain) proposent une approche extérieure, une espèce de portrait impressionniste. Des métaphores qui amènent un élargissement, une amplification spirituelle : alors que les quatrains emprisonnent les chats dans l'espace et dans le temps ("saison, maison"), dans les tercets les limites disparaissent, l'évocation du désert se substitue à l'espace domestique et l'évocation de l'éternité ("un rêve sans fin") s'oppose à l'idée de saison.
La description des chats passe par leur ressemblance aus Sphinx: il s'agit d'embellir l'image d'un animal ("nobles...grands") doué de raison : le verbe du vers 9, "Ils prennent" laisse en effet entendre une démarche volontaire, réfléchie (cf. le gérondif "en songeant") pour vivre à l'écart du monde.L'expression "au fond des solitudes" , par le pluriel et la locution , marque la distance qu'ils cherchent à établir: éloignement spatial et éloignement temporel. Noter les sifflantes (allitération en /S/ du vers 11), sonorités propices à l'évocation d'un sortilège, d'un mystère que le deuxième tercet développe.
Recours à la métonymie (les parties du corps "les reins...les prunelles" ) pour présenter un animal médiateur. Sa matérialité permet d'accéder à l'immatérialité , au rêve comme le suggèrent l'épithète "magique" et le verbe "étoiler". De ces chats qui cherchent l'obscurité , émane la lumière. "Etincelles", "parcelles", "prunelles" se font écho aussi bien au point de vue du sens que du son.
Les chats se dissolvent donc en fragments de matière que la comparaison du vers 13 associe au sable du désert, et le dernier vers apparaît comme une apothéose : sentiment de fusion de ces animaux avec le cosmos , sentiment soutenu par la dimension spirituelle ("mystique") que le poète attribue aux chats.
Conclusion Si certaines catégories humaines ressemblent aux chats , ces derniers donnent une leçon de sagesse à l'homme et possèdent le pouvoir de conduire à un mystérieux au-delà, un ailleurs qui laisse deviner l'idéal. Paradoxe baudelairien où un animal introverti et casanier devient le médiateur et l'emblème de l'ailleurs.
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